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22 textes
inédits de commissaires et d'artistes
Les points de vue de Laurent Gervereau, d'Ignacio Ramonet et
d'Arthur Kroker Des projets spéciaux de Robin Collyer et d'Iké
Udé. Des entrevues avec Barbara Kruger et Ken Lum
240 pages, plus de 200 images
Plus d'une centaine de photographes de la scène artistique internationale
Disponible au kiosque d'information du Marché
Bonsecours et dans les librairies au coût de 39.95$
Éditorial
Du pouvoir et des images
Ambitieuse, persuasive, séduisante, parfois insidieuse,
autoritaire ou violente, toujours fascinante, l'image abonde.
Cette prolifération explique sans doute le fait que l'époque
contemporaine se voie couramment définie comme une société
de l'image. Avec la généralisation de la télévision
en direct et l'avènement d'Internet, l'image a maintenant
franchi une nouvelle étape et s'engage avec beaucoup
d'assurance dans l'ère de la mondialisation. Les images
circulent désormais, dans le monde industrialisé,
à une vitesse telle qu'elles atteignent simultanément
des milliers d'individus dans tous les recoins de cette nouvelle
cartographie créée par la mise en réseau.
Si l'ère des télécommunications a permis
la circulation massive des images, le village planétaire
assure-t-il en plus l'universalité de ses contenus ?
Les images tendent-elles à devenir elles-mêmes
" globales ".
Chacun reconnaît aujourd'hui que l'univers visuel dans
lequel il est plongé participe à la composition
de ses représentations mentales. Les images nous façonnent
inéluctablement et, en ce sens, nos perceptions, nos
actions, nos attitudes, nos comportements sont susceptibles
d'être conditionnés par elles. À preuve,
les investissements colossaux injectés par les industries
culturelles et médiatiques dans le marketing commercial
ou, encore, les budgets incommensurables consacrés
à la publicité. En prenant des dimensions planétaires,
l'économie permet aux méga-corporations de fabriquer
des images calquées sur les attentes, les désirs
et les aspirations de la majorité. Les messages, les
valeurs, les modes de vie que promeuvent les conglomérats
cinématographiques, médiatiques ou publicitaires
s'uniformisent. Certes, leurs images diffèrent les
unes des autres, mais elles s'appuient souvent sur une structure
et un code similaires : elles reposent essentiellement sur
le confort de la répétition, sur la communication
immédiate et l'assimilation de sens à grande
vitesse.
Le pouvoir d'une telle " image globale " est évidemment
inquiétant, comme le souligne Ignacio Ramonet, qui
déplore " qu'elle réduise les êtres
humains à l'état de masse et entrave la structuration
d'individus émancipés, capable de discerner
et de décider librement; qu'elle remplace, dans l'esprit
des citoyens, la légitime aspiration à l'autonomie
et à la prise de conscience par un conformisme et une
passivité périlleusement régressifs;
qu'elle accrédite, enfin, l'idée que les hommes
souhaitent être fascinés, égarés
et trompés dans l'espoir confus qu'une sorte de satisfaction
hypnotique leur fera oublier, un instant, le monde absurde,
cruel et tragique dans lequel ils vivent . " L'image
globale fabrique une sensibilité collective tout en
s'assurant que chaque individu s'y reconnaisse. Ainsi, alors
même que nous pensons voir des images, ce sont plutôt
des desseins idéologiques que nous consommons
L'ambition de cette septième manifestation du Mois
de la Photo à Montréal est d'interroger les
enjeux reliés à ces nouveaux pouvoirs de l'image.
Mettant en commun les recherches des artistes, des commissaires
d'exposition et des spécialistes de l'image, la biennale
devient un laboratoire exceptionnel pour saisir les mutations
de l'image dans notre culture contemporaine. Plusieurs pratiques
artistiques aujourd'hui sont en effet traversées par
ces questions préoccupantes. Elles mettent à
jour les stratégies rhétoriques des producteurs
d'images globales ; désarticulent les codes et les
conventions formelles du cinéma hollywoodien ou des
images télévisuelles ; déstabilisent
les images publicitaires en parodiant leurs tactiques ou en
mimant leurs slogans ; remettent en scène des images
de l'actualités politique ou sportive ; ou ironisent
sur les représentations de la masculinité et
de la féminité abondemment utilisées
par la mode et la publicité. Peu importe l'attitude
adoptée cependant, ce que ces pratiques démontrent
chaque fois, comme le relèvent éloquemment les
textes qui les accompagnent ici, c'est combien l'expérience
esthétique a, elle, encore le pouvoir de nous faire
porter, sur toutes ces images que nous consommons au demeurant
allègrement, un regard plus critique et attentif.
Outre la question du devenir des images, le thème
du " Pouvoir de l'image " interroge tout autant
les relations de pouvoir. Il insiste ainsi sur la nécessité
d'observer l'image dans son lien au champ social, et exige
que l'on questionne ses modalités d'interaction. Le
pouvoir, ainsi que l'explique Barbara Kruger dans les pages
qui suivent, " se trouve dans toutes nos conversations,
dans tous nos échanges, dans chaque visage que nous
embrassons ". Il prend essentiellement forme dans nos
relations aux autres. Fascinés par ce phénomène,
plusieurs artistes ont choisi d'infiltrer l'espace public,
y réalisant des interventions qui incitent le spectateur,
le citadin, le piéton qui les rencontrent à
entrer vis-à-vis d'elles dans un questionnement actif.
Car si le pouvoir de l'image se reconnaît habituellement
à ses incidences sur l'individu qui la regarde - activant
les plus diverses réactions, du désir et de
la séduction à la persuasion et la dénonciation,
de l'iconisation jusqu'à la stigmatisation - on pourrait
bien penser que le mouvement de ce pouvoir s'inverse dès
lors que chacun s'empare de l'image pour lui donner un sens
singulier.
Si ces deux principaux phénomènes liés
à l'image que sont sa médiatisation et ses modalités
d'interaction structurent le présent ouvrage, c'est
par conséquent le public - visiteur de galeries, piéton,
passant, téléspectateur, nous-mêmes lecteurs,
etc. - qui le traverse de part en part. C'est lui qui, le
premier, se trouve mobilisé par cette manifestation,
car c'est sa réaction aux images qui nous informe sur
la nature véritable de leur pouvoir. Ainsi, plus qu'un
laboratoire peut-être, ce volet thématique, dans
le cadre duquel tous les efforts ont été fournis
pour multiplier les interactions entre le milieu de l'art
et le public, pour faciliter les rencontres, les échanges
et les débats, est un observatoire. La présente
publication en constitue le prolongement.
Marie-Josée
Jean
Directrice
Le Mois de la Photo à Montréal
-1. Ignacio Ramonet, Propagandes silencieuses,
Paris, Galilée, 2000, p. 10
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notes
biographiques des auteurs
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