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Nouvelles ............................................................................ > « Sortez du cadre et faites votre marque dans la culture ! » Notre campagne de financement se poursuit. Cliquez ici pour faire un don. > La 12e édition du Mois de la Photo à Montréal se tiendra du 8 septembre au 9 octobre 2011 autour du thème Lucidité. Vues de l'intérieur.
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Thème de l'événement 2011
Lucidité. Vues de l'intérieur
Commissaire invitée : Anne-Marie Ninacs
C’est autour du thème Lucidité. Vues de l’intérieur, proposé par Anne-Marie Ninacs, que s’articuleront la programmation d’expositions, la publication, le colloque et l’ensemble des activités de la 12e édition du Mois de la Photo à Montréal. Du 8 septembre au 9 octobre 2011, l’événement proposera de retourner l’objectif de la caméra, afin de montrer que la photographie peut tout aussi bien mettre en lumière notre univers intérieur.
Lucidité. Vues de l'intérieur
La photographie est, par définition et par-delà ses procédures de captation, un travail de la lumière. Elle est donc lucide au sens premier du terme, c'est-à-dire « claire, brillante, lumineuse1 » dans sa matière même. Mais lucide, elle l’est également au sens figuré de ce qui rend « manifeste, évident2 », puisque son action essentielle demeure de donner à voir une chose, un phénomène ou une situation en y concentrant le regard. Conséquemment, la photographie servirait à mettre en lumière, voire à faire la lumière sur certaines dimensions du monde sinon laissées dans l’ombre de notre indifférence ou de notre ignorance.
Les artistes ont été très nombreux, au cours des dix dernières années, à se servir de la photographie pour porter à notre attention des situations géopolitiques complexes ou méconnues et des réalités humaines douloureuses. Presque aussi nombreuses ont été les expositions qui ont posé la question de la responsabilité sociale des individus et des nations dans le contexte de la mondialisation. S’il demeure nécessaire de continuer à soutenir ces regards pénétrants sur l’humanité en difficulté, il semble toutefois plus urgent que jamais que nous nous interrogions collectivement sur les causes profondes et les forces responsables de ces misères extérieures, avec l’espoir d’acquérir un peu de cette « clarté d’esprit3 » toute intérieure qui est le sens psychologique donné par l’ère moderne au terme lucidité.
Le Mois de la Photo à Montréal 2011 réunira donc des artistes qui tournent en quelque sorte leur caméra vers eux-mêmes – même lorsqu’ils photographient le monde extérieur – et conçoivent la pratique de la photographie prioritairement comme un mode d’introspection, comme un révélateur de l’inconscient et de la conscience; des artistes engagés, comme le disait John Cage, moins dans une expression de soi que dans un processus d’« altération de soi4 ». Aux travaux de ces photographes s’ajouteront des œuvres qui, par leur iconographie, leur forme ou leur dimension conceptuelle et philosophique, permettent d’entrevoir ces principales forces et causes qui sont au fondement de l’expérience humaine et que nous connaissons intimement (tout en étant réticents à les reconnaître) : la peur sous toutes ses formes, l’intérêt personnel, la mort inéluctable, l’impermanence des phénomènes, l’illusion de l’identité, l’impénétrabilité de l’Autre, la puissance du désir et la tyrannie de l’ego – que seuls éclipsent ces précieux moments où nous sommes portés par l’amour, la beauté et la joie.
Il s’agira ainsi d’un questionnement sur notre capacité, comme individus, de conduire avec une rigoureuse honnêteté une telle enquête sur les motivations profondes de nos actions à l’heure où le confort et la complaisance sont les agents les plus puissants de l’obscurantisme. Loin d’être une forme de nombrilisme, ce regard sur soi relève de la responsabilité sociale puisque les conflits lointains que nous sommes si prompts à dénoncer se déroulent d’abord en notre sein. S’il importe d’en appeler à l’artiste, au photographe pour nous soutenir dans cette tâche, c’est qu’il est par métier, nous dit Milan Kundera, un « explorateur de l’existence5 ». Son art est un « territoire où le jugement moral est suspendu6 », un territoire dont « la connaissance est la seule morale7 » et où toutes les zones d’ombre se doivent ainsi d’être minutieusement observées, appréciées, embrassées, puisque c’est entre autres cela, la lucidité : voir clair dans l’obscurité.
Anne-Marie Ninacs
Commissaire invitée
Le Mois de la Photo à Montréal 2011
Notes
1 Alain Rey, dir., Le Robert : dictionnaire historique de la langue française, entrée « Lucide », vol. 2, p. 2064.
2 Ibid.
3 Ibid.
4 Propos de John Cage (1978) cités dans Kathan Brown, John Cage Visual Art: To Sober and Quiet the Mind, San Francisco, Crown Point Press, 2000, p. 64.
5 C’est en ces termes que Milan Kundera présente le romancier dans L’art du roman, Paris, Gallimard, coll. « folio », 1986, p. 59.
6 M. Kundera, Les testaments trahis, Paris, Gallimard, 1993, p. 17.
7 M. Kundera, L’art du roman, op. cit., p. 16. Je souligne.
Notice biographique
Chercheure et commissaire indépendante, Anne-Marie Ninacs poursuit un doctorat en histoire de l’art à l’Université de Montréal. Ses travaux portent sur les liens qui unissent la conscience humaine et les arts visuels. De 2002 à 2006, elle a occupé le poste de conservatrice de l'art actuel au Musée national des beaux-arts du Québec, où elle a entre autres signé les expositions Massimo Guerrera. Darboral, Diane Borsato. Le projet Tic, L'emploi du temps et Avancer dans le brouillard. À l’automne 2010, elle y présentera son plus récent projet d’exposition Chimère/Shimmer. Anne-Marie Ninacs était également la commissaire de l’exposition Alain Paiement. Le monde en chantier à la Galerie de l’UQAM (2002), et responsable, avec Patrice Loubier, de la programmation Les commensaux au Centre des arts actuels SKOL de Montréal (2000-2001). Elle recevait, en 2005, le Prix Reconnaissance de l’UQAM pour son engagement dans le milieu artistique québécois. Elle vit et travaille à Montréal.
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